parlêtres, page psychanalyse
Accueil
Psychanalyse
Lectures
Liens




Vous êtes dans la section "psychanalyse".


> La psychanalyse en questions
   > du transfert
   > du silence en psychanalyse
   > quelques mots
> Tuer Bouddha ou l'identification



Je me propose dans ce texte d'interpréter une parole d'un maitre zen, Lin-Tsi, à l'aide d'un concept psychanalytique.

Tuer Bouddha, ou l'identification

(Omar Tazi)




J'ai, un jour, entendu par la bouche d'une collègue, ces quelques mots d'un maitre zen :

"Adeptes, voulez-vous voir les choses conformément à la loi ? Gardez-vous seulement de vous laisser égarer par les gens. Tout ce que vous rencontrez, au-dehors et (même) au-dedans de vous-mêmes, tuez-le.
Si vous rencontrez un Bouddha, tuez le Bouddha ! Si vous rencontrez un patriarche, tuez le patriarche ! Si vous rencontrez un Arhat, tuez l'Arhat ! Si vous rencontrez vos père et mère, tuez vos père et mère ! Si vous rencontrez vos proches, tuez vos proches !
C'est là le moyen de vous délivrer et d'échapper à l'esclavage des choses ; c'est là l'évasion, c'est là l'indépendance !"

Je ne me souviens plus des détails, c'était sans doute dans un contexte psychanalytique, il y était peut-être déjà question d'identification, au moins implicitement. J'ai alors retenu une partie de ces paroles, qui me "parlaient", sans que je puisse les rattacher à une quelconque expérience concrète.

Quelques mois ou années plus tard, j'ai un jour ressenti le besoin de prendre du recul par rapport à un comportement que j'avais eu, dans une situation donnée. Là encore, je ne me souviens pas des détails, ce devait être de la colère, ou du rejet, ou...
Il m'a semblé que ma réaction ne correspondait pas à l'image que je me faisais de moi, d'où mon interrogation. Il m'est alors apparu, subitement, que ce comportement était calqué sur une personne de mon entourage - "ce n'était pas moi".
Je venais pour la première fois de "débusquer" une identification. Les paroles ci-dessus me revinrent alors à l'esprit : à en croire Lin-Tsi, je venais de "rencontrer", en moi, une personne de mon entourage. Sous l'influence de cette découverte, je me suis demandé (je n'avais pas encore conscience qu'il existe de multiples couches d'identification qui se superposent, et que le fait d'en "découvrir" une implique son remplacement par celle qui la précède) : puisque dans cette circonstance ce n'est pas moi qui ai réagi mais telle autre personne à travers moi, eh bien, comment aurai-je réagi, "moi" ?
J'ai donc tenté de "regarder" ce qu'il y avait "derrière", et je n'ai rien trouvé : le vide. J'ai eu la sensation que j'aurais pu réagir n'importe comment : du vide aurait pu surgir "tout et n'importe quoi" (la parole du sujet sans doute).

Ainsi, après le parallèle entre la "rencontre" de Lin-Tsi et l'identification, il m'a également semblé, que le meurtre qu'il préconise signifie la dés-identification : il s'agit d'habiter le vide.





"un certain être parlant ou encore ce que j'appelle pour l'instant un parlêtre,
ce qui se trouve être une autre définition de l'inconscient" (Jacques Lacan)

Accueil      -      Le divan      -      Le salon      -      Liens     -      Contact      -      Plan du site